Sélection super Goud’ #1 – LGBT+ TV

Sélection super Goud’ #1 – LGBT+ TV

YouTube a mis des nerfs bien en pelote depuis quelques temps : démonétisation des vidéos traitant de sujets féminins et féministes, des corps et d’autre sujets naturels – mais visiblement, « haaarr ! cache-moi ce sein/ces poils/toi que je ne sauroy voir ! »- dans la même veine, le site a peaufiné sa volonté tenace d’invisibiliser la communauté LGBTQQIAAP/Mogai.
Bien sûr, Yoogle veut continuer hypocritement à manger dans tous les plats sans manquer d’enchainer des « sorry, on reste là pour dialoguer et répondre à vos questions, faisons une ronde et dansons« , sans oublier son « événement » façon #LGBTFontYoutube sans LGBT dedans. Yeah man.

Rien de surprenant au phénomène de camouflage puisque banques, médias, marques, ont tout simplement suspendu leurs investissements publicitaires sur la plateforme. On sait que ça ne donne rien de bon quand c’est les mêmes qui contrôlent le monde avec le bifton, right ?

A contrario, certains contenus provenant de fans de l’extrême-droite ne semblent pas subir le joug du filtre « mâturité »/ »chocapic choquabilité ». Incit…quoi ?

Tout ceci se place dans un contexte français, mais pas seulement. Outre-atlantique ce sont des pubs religieusement anti lGBT+ qui se sont carrément incrustées sur les vidéos des youtubeurs.es. C’est dit : un vrai chemin de croix.

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Est-on à çà près ? oui. Il est bien regrettable que les jeunes personnes en quête de conseils, cernées de questionnements ou de détresse, ne puissent tout simplement pas y avoir [facilement] accès. Pire, de lire des commentaires aberrants en progression constante ou de tomber sur des thématiques inverses à leur recherche initiale. Cela ne peut que les conforter dans leur mal être. On leur fait bien piger qu’iels n’ont pas à être ce qu’iels sont. Mange ton message subliminal.

Pour pallier à la liberté d’expression contrôlée, laisse-moi te faire partager quelques goûts personnels (loin d’être complets) :

Princ(ess)e/MX Cordelia : Deux chaînes vraiment fournies et pédagogiques.

Laura Badler : un look vintage acidulé, de l’auto-dérision, et des vidéos très claires où elle explique son parcours, les différences entre genres et organes génitaux, identités, et plein d’autres conseils. Une chaîne rafraichissante !

Les Goudous : Une websérie lesbienne vraiment fun.

Guynotaguy : Une personnalité franche et sincère, des coups de gueules légitimes et des explications appréciables. Bref, Guy c’est un chouette type !

Rudy Koeppel : Un jeune beautyboy dont la spontanéité est assez engageante. Au programme, des tutos maquillages et d’autres sujets not too much serious…comme son aveu d’être en réalité une sirène, par exemple 😉

Vivre Avec : Encore une chaîne très agréable qui traite régulièrement du syndrome d’Ehlers Danlos, du validisme et de sujets queers variés.

H Paradoxae : Des explications et infos tout aussi bien construites.

Ma vie de papa gay : Une chaine qui fait découvrir le parcours GPA, des réponses justes vis à vis des questionnements de tout parent LGBTQI + en devenir.

Il en existe bien sûr beaucoup d’autres bien chouettes !

Pour terminer, si tu veux une alternative au monopole YouTube, n’hésite pas à jeter un oeil sur le > super Queertube

 

 

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Prostituées de campagnes

Prostituées de campagnes

Un sujet qui fâche

La prostitution reste un des sujets sensibles. J’ai l’occasion de l’aborder suite à des observations ou échanges que j’ai eu, notamment grâce à quelques années passées sur l’Île de la Réunion et en région Bourgogne. Sans oublier des espaces sur le web : outils de communication importants.

Je me suis penchée exclusivement sur les travailleusEs du sexe (plutôt hétéros), en écartant malgré moi les autres personnes et orientations car le contexte s’est imposé de la sorte. Cela sera donc assez binaire.
La prostitution est perçue comme une oppression à très juste titre, mais le sujet est plus complexe encore.

L’illusion du choix

J’ai échangé avec une femme dont  le choix était parfaitement assumé, c’était sa manière de vivre sa sexualité. Un fantasme qu’elle jugeait utile, qu’elle pouvait tarifer à sa guise. C’est ce qu’elle expliquait par la même occasion sur des forums.
Le profit est toujours réservé aux mêmes me dirais-tu. Cet exemple est loin d’être représentatif des réalités.
D’autres indépendantes clament aussi parfois un choix délibéré mais restent avant tout bloquées sous une détresse financière, sociale, professionnelle. Une oppression d’Etat. Quel meilleur proxénète que celui-ci ?

Si des lois veulent pénaliser les clients, c’est un procédé pernicieux qui ne fait que cacher le réel fond du problème.
Dans l’histoire, on ne fait encore que jeter la pierre en la faisant rebondir par ricochets. Il faut masquer, diaboliser, c’est le sujet honteux dont on se garderait bien et qui pourtant arrange sur certains points. Mais regardez, on empêche sans réellement empêcher, on découvre la notion de racolage passif…on ne comprend plus trop : qui est la cible alors ?
Ce que l’on admet comme tabou n’est-il pas finalement ordinaire pour le « plus vieux métier du monde » ?
Il deviendrait même parfois glamour, c’est « Pretty Woman » qui te le dis.

Il paraît que l’on traque sans relâche les bandes organisées. Qui sont-elles, où se cachent-elles réellement ? dans les pays de l’Est nous répond-on souvent. La vérité est toujours ailleurs. Comme un air de série Matrioshki.
Chez les civilisé.e.s, il n’y a que les marginaux.les qui se retrouvent là-dedans : la faute à pas de chance, c’est sûr que ça ne risque pas d’arriver à n’importe qui. Faire le tapin c’est comme attraper une maladie. Avant, on disait que t’étais une « fille ».
Que dire alors de ces étudiantes qui entrent désormais dans le système cannibale.

Voit-on la face vraiment cachée de l’iceberg ? certes non, l’on aurait affaire à de fâcheuses découvertes…il vaut mieux détourner l’attention.

On dit toujours que derrière une travailleuse se cache un maquereau (bien que les maquerelles existent aussi) : attention spécifiquement à ce qu’elle ne soit pas mariée ou qu’elle n’ait une vie sentimentale. Dans sa position elle ne peut avoir de vie privée, on en conclut qu’elle est soumise par défaut.
Elle a aussi droit à des clients-héros qui veulent la sortir de là. Ils sont tombés amoureux, une illumination leur ordonne d’offrir leur précieux secours.

Le client est roi

Toujours sur les forums spécialisés, certains clients – punters, pardon – admettent tirer avantage de cette situation (ho, vraiment ?) et se satisfont de pouvoir user de pratiques qu’ils ne peuvent appliquer avec compagne/copine (même celle d’un soir, dur !).
Ils se filent entre eux les bons plans comme on déguste un bon restau, comparent rapport qualité-prix d’une russe VS une française (réputée pour rechigner à la tâche et se la péter), se gargarisent du privilège de profiter de petites faveurs grâce à leurs bonnes manières et leur sex appeal. Les habitués Don Juan savent définitivement reconnaître les objets de valeur et possèdent une certaine éthique : consommation de pute épanouie élevée avec le sourire, sinon rien – on n’est pas des salauds.

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La plupart sont visiblement en lutte contre leurs pulsions (*alerte psychopathe*)…quand ils ne s’érigent pas en juges.

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D’autres se plaignent : les tarifs restent encore trop élevés, c’est honteux. On leur fait bien assez de fleurs comme ça, on leur rend service, shit ! descendons tous dans la rue pour avoir notre propre esclave assignée !

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Il existe autant de prostituées – pudiquement nommées « péripatéticiennes » quand ce n’est pas joliment décrit par « escorte », ou « hôtesse »- que de contextes.

DOM-TOM et Métropole, même combat (en fait non. il faudrait dans une autre chronique aborder l’impact du colonialisme, les effets persistants sur l’île de la Réunion entre autres).

La prostitution ne se résume d’ailleurs pas qu’à la rue. Pas plus qu’elle ne résume qu’aux grandes villes.
Et puis, il y a les « masseuses ».
Pas celles des « salons » qui ont pignon sur rue. Pas non plus des esthéticiennes (souvent confondues par ces messieurs en quête de bien-être).
Celles-ci travaillent dans leur appartement ou se déplacent. Malbars, zarabes, cafres, peu importe, à la Réunion beaucoup de femmes proposent leurs services par ce biais.
Un site nommé « Mascareignes » en a fait les frais : les annonces qui y étaient publiées faisaient la visibilité du milieu, jusqu’à ce que les autorités s’en mêlent. Une stratégie de camouflage bien tentée.
Depuis, tous les sites de petites annonces sont sous haute surveillance : à commencer par le célèbre Vivastreet (qui ne fait payer que des annonces ciblées…je te laisse deviner lesquelles).
Pour ces femmes, il faut user d’astuce surtout dans le choix des mots. Comprenne qui pourra lorsqu’elles répondent au téléphone (« vous faites les finitions ? »).
La division empêche parfois la solidarité : descendre ses concurrentes ou répandre des rumeurs, récolter des infos par le concours de clients qui s’amusent de ce petit jeu est également monnaie courante.
Pourtant, la communication est le pilier essentiel pour les travailleuses qui dressent des listes noires des clients les plus dangereux. Une aide précieuse dans un environnement où rester sur ses gardes au quotidien devient un réflexe.

Ailleurs en zone rurale

Sur une petite route en Bourgogne marchent régulièrement deux femmes d’une quarantaine d’années. Leur point de chute : une aire où s’arrêtent les routiers.
Je les croisaient chaque jour en prenant le train. Méfiantes au premier abord, elles m’ont lâché parfois quelques phrases, en prenant bien soin de ne jamais en dire trop.
Originaires de Roumanie, elles disent avoir été rejetées par leur famille, et ont très souvent laissé enfants derrière elles.
De la périphérie de Paris, elles sautent dans le TER matin et soir, se font parfois rabrouer par les contrôleurs/ses mais les passager.e.s préfèrent généralement les ignorer. Dans ces petits trains il est aisé de connaître les professions de certain.e.s.
Epuisées mais conservant autant que possible bonne humeur, se soutenant mutuellement, se faisant parfois expulser du territoire puis revenant grâce à des économies.
Le compartiment très généralement pour elles-seules, les blagues fusent.
Les journées commencent très tôt, elles se débrouillent ensuite à ne pas rentrer trop tard  car les moyens de transport sont assez limités.
Lorsque je leur demande ce qui les fait rire, ces dernières répondent :

 » Les gens du train, ils ont chacun leur petit siège comme ça *mime une personne assise droite* alors que nous on est toujours ensemble « .

J’ai peine à suffisamment imaginer le quotidien de ces femmes qui survivent et rencontrent le masculinisme perpétuel. Le soutien silencieux vaut parfois mille paroles ou questions, complètement déplacées dans ce cadre.

L’abolitionnisme semble une solution idéale, cependant les concernées ont certainement un vécu qui passe au-delà du militantisme, résolues à une vie qui ne leur offre pas d’autres alternatives.
Si les réseaux organisés se font la part belle, c’est en réalité une société entière qui est à démanteler : la nôtre.

Si tu veux en savoir plus sur l’histoire de la prostitution en France : ici.

Il existe un syndicat qui lutte pour la reconnaissance des droits des travailleurSEs du sexe.

Bonne comme Bécassine

Bonne comme Bécassine

Ecouter cette chronique en version podcast :

Bécassine.
Si pour Chantal Goya c’est sa cousine (merci pour elle), en ce qui concerne l’artiste Dan Ar Braz et le collectif Dispac’h il n’en est pas de même…loin de là.

Et pour cause :  le navet film du même nom, réalisé par Bruno Podalydès, dont la date de sortie est prévue pour le 20 juin.
Le personnage, loin d’être représenté comme une héroïne à laquelle on a envie de s’identifier ne fait que cumuler les maladresses. C’est normal, on veut que tu vois bien que c’est une provinciale neuneu, et que sa position sociale ne peut que la conforter dans ce rôle…
Ha non, pardon, c’est de l’humour. On ne peut plus rire de rien, voyez !
Ce ne sera pas la première fois qu’un cliché du genre mettra en opposition fans nostalgiques et détracteurs vigilants.

Provocation ou naïveté déconcertante ?

A une époque où beaucoup de femmes luttent contre les discriminations de tous temps, et dénoncent les représentations faites dans les films ou autres médias, il fallait oser ! outre le scénario navrant à pleurer, il est d’un goût douteux de rallumer une souffrance historique.

Car des bonnes, il y en a eu ! des vagues entières envoyées grâce aux loyaux services de l’Eglise en faveur de riches familles parisiennes.
Ces femmes à tout faire provenaient en grande majorité de Bretagne juste après la guerre. Harcèlement et humiliations étaient le lot quotidien de ces dernières, fuyant la précarité des zones rurales.

Bécassine, n.féminin

Ce personnage partait mal dés le départ : créé en 1905 dans une bande dessinée de l’écrivaine Jacqueline Rivière et le dessinateur Emile Joseph Porphyre Pinchon,  il apparait pour la première fois dans le premier numéro de l’hebdomadaire pour fillettes (bien comme il faut) La Semaine de Suzette.
L’inspiration provient d’une bévue commise par la bonne personnelle de l’auteur. Le succès est immédiat.
Depuis cette époque, dans l’inconscient collectif une bécassine (dérivé de « bécasse ») est une femme niaise à souhait. Elle est même signifiée dans le dictionnaire en tant que telle.
Il est difficile de ne pas y voir une caricature grotesque…et une condescendance à peine masquée.
Bonniche – Femme- Bécasse.
Tu l’auras compris, se baser sur une BD éculée n’était pas le meilleur projet de film.

suzette

D’après un communiqué consultable ici, le collectif Dispac’h dénonce un mensonge historique.

« Finir au bordel, à l’usine, sur les chantiers ou au service de la bourgeoisie, voila quel était le destin de milliers de Bécassine de l’époque. »

C’est sûr que l’on est loin de la frivolité apparente que veut nous vendre cette séduisante « comédie ».

Thierry Compain a également réagi avec un documentaire intitulé « Nous n’étions pas des bécassines » (diffusé sur France 3).

Kikoo, je suis l’emploi rose

Kikoo, je suis l’emploi rose

*Réunion anonyme*

« – Bonjour, je suis une femme et je cherche du travail…
– *voix ensemble [comme un seul homme]*  Bonjour la femme qui cherche du travail !
– Alors voilà, je ne comprends pas trop…à cause de mon parcours personnel assez foireux, j’ai été amenée à être plutôt autodidacte. Je suis parano ou c’est encore plus galère de montrer mes compétences ?
– *Personne qui lève la main* Tes compétences naturelles ?
– Non, mes compétences.
– Naturelles.
– Juste – compétences. »

*Silence*

Allez j’te balance pas un jingle, voici le début de la thématique « Pot Pourrave », avec une petite sélection de ce que j’ai déjà entendu (ou même vu) par-ci, par-là au quotidien. Car vois-tu, j’ai les oreilles et les yeux qui trainent souvent…Oui.
Et pour bien débuter, fouinons un peu au niveau travail/Recherche d’emploi !
[Lis donc ce petit bonus aussi].

job

Entendu lors d’une soirée :

« – Ha bon, tu ne trouves pas de boulot ? t’as pas essayé de déposer ton CV pour faire les ménages ?
– Si, bien sûr. Mais on ne m’a jamais recontactée.
– Et les enfants ? tu as du mal avec ?
– Bah…non…
– Bah voilà ! essaye de garder les enfants !
– Oui mais…l’idéal ce serait de me remettre dans ma branche.
– Faut faire un effort aussi ! vu ton parcours tu t’attendais à pouvoir postuler pour un taf à 3000 € ? contacte ta mairie aussi, au culot dis-leur que tu peux nettoyer ce qu’ils veulent…c’est un peu la moindre de tes capacités non ? »

Une annonce de location :

« Propose chambre dans maison 70 m² bien situé tous commerces proximité et gare. Etudiantes qui cherchent du travail uniquement car je veux donner la chance à tout le monde et j’y tiens. Accepte offres. »

Un collègue à une autre (très agacée vis à vis des remarques colériques d’un supérieur) :

« Houlàà, tu serais pas féministe toi ? »

Dans une maison de retraite, une jeune femme lave les fenêtres. Deux fois d’affilée, des employés lui sortent en passant :

« Hé, faudra venir aussi chez moi pour nettoyer ! »

Un e-mail (ou plutôt juste une phrase) reçu de la part d’un recruteur, en réponse à une candidature (pour une offre de Webmaster SEO). Le CV envoyé mettait bien en avant les compétences (et le jargon) pour ce métier.

 « Vous êtes sûre que vous vous sentez 100 % compétente pour ce poste spécialisé en SEO ? »

 

Dans un bureau :

« Ha c’est sûr que si on file pas suffisamment de supports aux commerciaux, ils pourront pas faire leur boulot correctement. C’est comme les jolies filles : si elles n’ont rien à proposer, ça sert à rien… »

Grandir avec un pervers narcissique

Grandir avec un pervers narcissique

Ecouter le podcast de cette chronique :
(désolée si je ne suis pas encore super à l’aise via audio)

Parfois, il m’arrive de rencontrer des personnes dont le parcours est interpellant. Nous ne sommes pas tous.tes égaux.les face à la vie, les épreuves seront différentes, la manière d’y faire face aussi.

Alors un jour où j’échangeais avec une connaissance sur mon lieu de travail (oui, il m’arrive aussi de sortir), nous discutions de l’enfance, des parents, de l’éducation qui nous était souvent donnée.

Et là. Bam. J’entends l’un de ces récits à glacer le sang. Mathilde (29 ans) me confie le désarroi quotidien avec lequel elle a dû vivre jusqu’à sa majorité (et bien au-delà). Faire face à un tyran domestique tandis que l’entourage ferme les yeux. Le genre de type qui t’es imposé dés la naissance et qui décide de faire de ta vie un enfer.

J’en parle au masculin dans cette situation présente. D’autres personnes ne sont bien sûr pas exclues de cette pathologie. La catégorie sociale importe peu.

D’ordinaire, lorsqu’il s’agit de perversion narcissique, on s’attend plus à un contexte limité au simple couple. Nous n’entendons très peu parler d’un cadre éducationnel.

La destruction psychologique à petit feu

Pour celui/celle qui ne sait pas tout à fait en quoi cela consiste, sache que les traits caractéristiques chez ces personnes sont un énorme manque d’empathie, un comportement très ouvertement égocentrique, des techniques de manipulation souvent imperceptibles pour un regard extérieur à la situation.

Les dégâts peuvent être grands. Il y a généralement une impossibilité d’obtenir un soutien extérieur étant donné la « subtilité » d’emprise vis à vis de la victime.
Le pervers détruit ta propre personnalité en imposant la sienne et fera en sorte de t’isoler de toute interaction sociale.
Autre « qualité » à ajouter à son CV : c’est un excellent comédien.

En réalité, les traits caractéristiques sont encore plus nombreux (tu as une petite liste non exhaustive ici).
Tu te rendras compte que l’existence de cette notion est remise en question (!).

Tu peux aussi avoir un aperçu avec cette vidéo de sensibilisation (bien qu’elle se place dans le couple seul). Je la trouve plutôt soft, mais l’idée est quand même bien expliquée :

Etre déconstruite avant même de se construire

Mathilde m’explique qu’avec sa personnalité très sensible et réaliste, elle s’apercevait de ce qui se déroulait dés son plus jeune âge, et que ça n’en était que plus douloureux.
A l’adolescence, c’était encore pire. Impensable de pouvoir sortir comme ses ami.es ou leur expliquer son mal-être.

« Je me battais avec lui au quotidien, oui, même enfant. Je veux dire : autant physiquement que mentalement. Il rentrait en permanence dans ma chambre, fouillait mes affaires, lisait mon journal intime…c’est simple, l’intimité n’était pas mon droit. Une banale porte se devait d’être toujours ouverte, interdiction de fermer un loquet. A cause de ça, je sursaute encore au moindre bruit.
Il aimait hurler : « tant que tu seras sous mon toit, tu fermeras ta gueule ».
Me frapper et m’espionner sans cesse étaient ses petits loisirs favoris. Et je te passe les insultes. »

Sa mère s’est mariée avec ce phénomène parce-qu’elle s’était trouvée dans une situation précaire : elle avait eu un enfant « seule » dans les années 70, sans aucune ressource. Les opinions et jugements d’autrui étaient écrasants dans le petit village où elle vivait (uniquement à son encontre, tu te doutes bien).
Voyant ce désarroi, le futur pervers narcissique s’est pointé comme un prince charmant…mais il a vite fait place au crapaud démoniaque. C’était déjà trop tard. Sa victime s’est vite laissée engluer. Personne n’aurait voulu lui tendre la main, ou carrément osé la comprendre. Il fallait s’y faire et puis c’est tout.

« Quelques années plus tard et pour couronner le tout, ma mère ne m’a pas désirée et n’a jamais cherché à se rebeller, absolument résignée ou très souvent complice. Pour ces « parents », c’est comme si j’avais été le boulet tombé du ciel. Ils étaient toujours désabusés, dépassés.
Le peu d’entourage familial ne me soutenait pas. Quand par exemple oncle et tante venaient nous rendre visite (ou que nous allions chez eux) ils voyaient un tableau hypocrite et faux.
Quand je tentais de me confier sur la pointe des pieds, on me rétorquait : « oui, bon, c’est son caractère ! » comme pour mettre un terme très vite à la « discussion ».
A l’âge adulte, quand j’ai balancé toutes les vérités à tout le monde, on m’a traitée comme une folle complètement ingrate. Ils se sont bien sûr évertués à tout minimiser, à tel point que je me suis demandé si effectivement je n’avais pas tout inventé ».

Mathilde me décrit d’autres situations et détails effarants. Elle m’impressionne par son courage et cette capacité à me raconter tout ceci.

Sa demi-soeur a quitté seule le domicile à 17 ans, sans jamais chercher à prendre contact avec elle. Toutes deux de 12 ans d’écart, peu de sentiments pour l’une et l’autre, juste un besoin de fuir et survivre chacune de leur côté. Semblables à des enfants placés dans une famille d’accueil tout droit sortie d’un cauchemar.

Mais fuir n’a pas été si simple…surtout en l’absence de moyen de locomotion.
Elle me raconte avoir finalement suivi les traces de sa mère malgré elle : faire sa vie avec un mec le plus vite possible et essayer de s’installer de manière stable. C’était le seul plan qu’elle se sentait paradoxalement capable de trouver, ne sachant pas comment percevoir les obligations financières auxquelles elle avait droit.
L’argent en lui-même était devenu un ennemi parce-qu’il avait été l’un des moyens de chantage de son géniteur.

Après avoir trouvé difficilement du travail et pris suffisamment de recul, les bouffées d’angoisse lui serraient la gorge. Il fallait qu’elle arrête cette comédie, qu’elle fasse le point seule, et gagne une véritable indépendance. Son petit ami de l’époque lui avait fait payer cette envie en jetant toutes ses affaires.

Lorsque je lui demande si elle a pu se tourner vers des associations ou un.e thérapeute, la jeune femme reste ironique :

« J’avais un mélange de sentiments : énorme vague à l’âme, colère, et d’autres que je ne pouvais pas analyser. Je me suis dit qu’il fallait que ces « parents » payent en justice ce qu’ils m’avaient fait subir. Qu’il fallait que je réalise que c’était tout simplement de la maltraitance et qu’à cause d’eux j’aurai du mal à me relever.
Mais lorsque j’ai appelé une association, on m’a fait comprendre que je n’avais aucune preuve à cause de sévices principalement psychologiques…qu’aucun médecin n’avait fait de rapport. Il serait donc difficile pour moi de démontrer mon histoire. On m’a dit que cela me ferait souffrir encore plus, que ce serait pire à vivre.
J’ai jeté l’éponge. Je ne voyais pas comment on pouvait m’aider, ni qui pouvait le faire à ce moment là.
Je me suis alors tournée vers une psychologue qui m’a choquée par son indifférence méprisante (pour elle c’était ma faute, pas celle de ma famille), puis vers un psychiatre qui s’est juste contenté de me filer des anxiolytiques, puis des anti-dépresseurs.
Un an après, j’ai tout arrêté, je ne me sentais pas moi-même.
J’ai juste décidé d’avancer seule, tant bien que mal. Je ne peux plus vivre avec qui que ce soit, en tout cas pour le moment. »

Tourner la page

Mathilde se sent bien plus confiante qu’avant. Elle me précise que c’est extrêmement long et que peu de personnes peuvent comprendre : il est difficile de s’estimer quand on t’as rabâché que tu es une bonne à rien (entre autres).
Comme pour bien te faire replonger, le pervers a la faculté de réussir à te recontacter malgré les précautions prises pour couper les ponts, et à te harceler sournoisement.
En tant que « père » il n’est pas là pour soutenir, bien au contraire. Se moquant et rabaissant toujours plus, narguant sur des phrases typiques : « Pas besoin de moi ? je ferai tout pour que tu sois encore plus dans la merde ».
Ou encore : « Après tout ce qu’on a fait pour toi ! tu devrais avoir honte ! en tout cas ton assiette est toujours sur la table…mais pas éternellement, à toi de réfléchir ».

Un contact avec sa mère ? non. Cette dernière s’est effacée totalement et lui a signifié qu’elle ne voulait plus entendre parler de son existence…(Ambiance). Mathilde lui avait proposé à plusieurs reprises de l’aider à s’extirper de ce cercle infernal.

« Un jour, un recruteur m’a balancé de but en blanc : « votre père est militaire ? ». Ca m’a filé une sacrée gifle. Je ne comprenais pas pourquoi il osait me lancer ça alors que je lui expliquais simplement mes motivations. Pourquoi mon père ? quel rapport ? il m’imposait un terrain miné…
Ensuite et même si cela n’était pas en son honneur, j’ai compris qu’il me restait un long parcours pour affirmer ma personnalité propre, exempte du passé. Oui, vraiment un travail d’affirmation. »

La jeune femme est une battante en marche contre ses démons, tout en restant positive pour l’avenir. Elle aimerait pouvoir un jour expliquer à des enfants qu’aucun adulte n’a le droit de prendre des décisions à leur sujet sans leur demander leur opinion au-préalable.
En toute logique, elle souhaite aussi que l’égalité femmes-hommes triomphe.

« Je veux qu’il n’y ait plus d’oppresseurs, et cela commence dans la vie quotidienne, dans l’univers familial. Il faut que nous évoluons, ce n’est vraiment plus possible ! combien de jeunes ont eu envie de se suicider (moi la première) à cause d’adultes timbrés et intolérants ! je pense particulièrement à ceux.lles qui se croient obligé.es de juger leurs progénitures en permanence. Foutez-leur la paix ! accompagner quelqu’un.e sur la construction c’est une énorme responsabilité. Si vous n’êtes capable d’aucune bienveillance, inutile de faire des enfants. »

J’espère avoir pu retranscrire le plus fidèlement possible les confidences poignantes de Mathilde (ceci est un prénom d’emprunt par respect pour elle). Je la remercie chaleureusement au passage de m’avoir donné l’autorisation d’en faire le partage.

Pour étayer ses propos, cette dernière m’a également conseillé de lire cet ouvrage que je recommande à mon tour (histoire de mieux comprendre la toxicité de certaines familles) : « Parents Toxiques, comment échapper à leur emprise« , de Susan Forward.
Je trouve l’approche très sensée, bien que les méthodes prodiguées n’effaceront malheureusement pas les cicatrices.

Si toi aussi tu as vécu un passé douloureux et que tu penses encore porter un lourd fardeau : n’hésite pas à t’approprier cette modeste « tribune » (peu importe ton genre…ou ton non genre).
En parler est le mieux afin de dénoncer ce type d’agissements et aider d’une certaine façon d’autres personnes au parcours similaire.

hug

[Edit : Ce sujet sur l’enfance m’a poussée à faire d’autres petites recherches, je suis tombée sur ça
De quoi remettre largement en question les références du domaine psy/pédiatrie. Les années 70-80 ne sont pas encore si loin derrière.
Françoise Dolto notamment, qui a toujours été citée comme une référence…

Simplement révoltant.]

…et pour aller plus loin dans la banalisation des violences psychologiques et/ou physiques : un tumblr rempli de témoignages que l’on croirait d’une autre époque, ici.
Un métier qui continue à humilier les victimes en plus de leurs souffrances ! super smart…

Site de ren(cons)tres

Site de ren(cons)tres

« – Oui, toi au fond ?
– Tu peux pas sortir dans la vraie vie pour faire des rencontres humaines ?
– Tu m’excuseras mais je préfère encore chasser des licornes.

…Bon d’accord je déconne. »

Nous sommes tous et toutes d’accord pour dire que ce n’est pas le lieu idéal, étant donné le décomplexe magique et soudain dont chacun.e fait preuve dés qu’il y a un écran. Soit.
Mais, ça gratouille quand même : on ne peut pas s’en empêcher.
Pourtant on aura beau pester, critiquer, la petite voix débile qui t’encourage à faire des conneries (tu sais de laquelle je parle) va le remporter.

A bas les préjugés, le rapport virtuel vs IRL est franchement hypnotique !

Alors évidemment, tu te doutes bien (?) que je parle contexte LGBT+ et que…c’est infiltré par les fantasmeurs cis hétéros/ »bis »-super-tournés-vers-l’hétéroïsme. Ha non, erreur : ils sont avec une petite amie bi et souhaitent lui apporter du soutien en étant son porte parole. Ca la rassure il paraît.
Ou mieux : ils sont persuadés que t’es une paumée qui ne sait pas trop où elle en est. Heureusement ils sont là pour prodiguer des conseils, ils sont mieux placés que toi pour savoir ce que tu ressens en ton âme et corps.
L’hétéroïsme, je te dis.
Des confidents attentifs.

letmealone

Je n’ai absolument rien contre eux, je t’assure. Sauf que je ne vais pas sur un site spécifique pour encore trouver du macho écoeurant qui arrive avec ses éternels gros sabots. Outrepasser ma simple phrase « je ne veux discuter qu’avec des femmes et personnes non binaires » est un défi ordinaire visiblement.
Sans parler des autres trolls. T’es mignon, si j’avais envie de me refaire un remake du Seigneur des Anneaux, je t’aurais sonné.

Pour débuter cette aventure somme toute peu banale, voici un échantillon d’un des échanges (mon interlocuteur est en rose) :

betolerant1

[Il te dit que c’est un polyamoureux, bordel.]

betolerant2

[Ouverte. Tu permets que j’entre aux forceps ?]

betolerant3

[Mon meilleur ami est homo, je te comprends tellement.]

betolerant4

Tu imagines bien que j’ai lâché l’affaire. Lui pas.

Si tu es comme moi : nouvelle inscrite sur un site du « genre », laisse le temps couler un peu. Le poisson frais attire toujours les premiers prédateurs.

A l’occasion je parlerai plus en détails des découvertes éventuelles au sujet d’autres sites ou applications, en tant que Bi/entité de type féminin/humaine capable d’analyse.
…Et j’attends d’avoir plus de recul pour partager ce point de vue personnel.

« -Tu nous files ton pseudo pour voir ?
– Ho, regarde : une licorne ».

Le tennis, c’est de la balle

Le tennis, c’est de la balle

Ecouter le podcast de cette chronique

S’il y a bien un domaine où il ne fait aucun doute que les femmes ne sont (toujours) pas super bien perçues, c’est bien le sport. L’argument clef ? elles ne seraient pas assez performantes. Evidemment, nous pourrions organiser un tour d’horizon assez large…mais faisons aujourd’hui focus sur le tennis.
Football, je te garde au chaud pour plus tard.

Sous les jupes des filles

Dernièrement, ca ne t’ aura pas échappé, Serena Williams a eu droit à un florilège d’avis hautement philosophiques sur l’étoffe qu’elle a choisi de porter lors de son récent tournoi. Il s’agissait d’une combinaison noire.
LE détail primordial.

Exemple :

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[sur lemonde.fr]

Quid de ses performances ? de son talent ?
Oui Roland, les tenues de tennis ont changé au cours des siècles : évolution (ou pas), caprices de mode, coups de com’, raisons médicales, il existe autant d’alibis que de joueur.ses.
Certains ont déjà exhibé des shorts ridicules lors des rencontres, mais c’est pas grave : ce sont des hommes hétéros normés (et blancs de surcroit). D’ailleurs c’est simple , ils osent tout et c’est à ça qu’on les reconnaît.

Le sponsoring est ton seul boss baby.

En 2010, Vénus Williams avait réussi un coup de buzz sympathique. Mais là encore, il était de bon goût de se concentrer avant tout sur sa jupe nuisette que sur son jeu.

Ne nous voilons pas la face, un court de tennis c’est aussi (beaucoup) une mise en scène bien rodée. Les conseillers en communication savent y faire.
Curieusement, les femmes font juste plus mise en pâture que leurs comparses masculins. On n’y peut rien, c’est biologique.

Puisque l’on parle chiffon, savais-tu que c’est durant les années 60 que la mini-jupe s’impose comme un modèle ?
Avant cela, l’audace s’arrêtait à la mise à nu des bras. C’était le commencement d’un débat crucial et on le doit à la révolutionnaire Suzanne Lenglen. Pas froid aux yeux, elle montre aussi ses bas et se débarrasse du barbant chapeau qui était de mise à l’époque.

Dés la fin de la seconde guerre mondiale, Ted Tinling s’empare du phénomène. Grâce à lui, la joueuse de tennis s’émancipe vraiment extérieurement (ironie inside)…et se coltine la tenue actuelle – assez chiante à porter, il faut l’admettre.
Ca partait certainement d’un bon sentiment, mais est-ce que le fantasme ne se serait pas un peu lâché pour le coup ?
De super long, tu passes à méga court. On pouvait pas juste demander un short tout ce qu’il y a de plus normal pour tout le monde ?

Si Serena décide elle-même du confort dont elle veut profiter, on ne peut que la comprendre.

Mais oui, avouez-le honnêtement messieurs, ce qui vous gêne : ce n’est pas l’habit, c’est juste qui il y a dedans…et c’est ce que subissent 100 % des femmes au quotidien.

La FFT (Fédération Française de Tennis) aussi sait communiquer

En fait, non.
Son site utilise encore une orthographe non inclusive…et même Googoo te donne les mots clefs sans broncher :

fft licenciees

Une joueuse c’est un peu comme un mythe : tu en entends parler, mais tu ne la vois pas tant que ça au quotidien.

Comme Youtube est l’endroit idéal pour avoir accès à des conseils techniques, il peut prendre l’envie de taper « cours tennis » par exemple. Le hic c’est quand tu essayes aussi « cours tennis femme ». Non, tu ne voies pas flou, il y a bien que des mecs.
Ou alors tu auras surtout une playlist du style « les tenues excitantes des joueuses », « les moments gênants ou hilarants des joueuses », c’est à peine caricaturé.

Alors, que donnent FFT + Youtube du coup ?
Bein çà, posté il y a 3 ans : « J’peux pas j’ai tennis – La femme de ses rêves ».
Comment ?

Doit-on y voir une apologie au harcèlement de rue ?
A son image, les commentaires sous la vidéo laissent sceptique…

Une bataille qui n’en finit pas

En 2017 est sorti un film offrant une immersion et une approche intéressante au sujet du tennis féminin : « Battle of the sexes ».
Le contexte se passe aux Etats-Unis dans les années 70 et met en scène une Billie Jean King « soumise » à la pression multi facettes.
Subissant le machisme ambiant, on la voit conserver une personnalité affirmée et inspirante.

Dés le début, le ton est donné. L’héroïne découvre lors d’un communiqué de presse que les joueurs auront droit à des primes huit fois plus élevées que les joueuses.
On lui explique avec tout ce qu’il y a de plus paternaliste que ces derniers sont plus captivants à regarder malgré le même nombre de billets vendu lors des matches.

« Elle sera bientôt payée comme un homme si ça continue ! »

« Les filles de nos jours, égalité ceci, égalité cela…elles brûlent leurs soutiens-gorge, nom d’un chien ! »

Déterminée à organiser elle-même les rencontres dames, Billie tombe également amoureuse de Marilyn. Un vent LGBT commence à murmurer…

A travers le film se faufilent le quinquagénaire Bobby Riggs (ancien numéro un) prêt à toutes les provocations pour faire son come back, une Margaret Court instrumentalisée avant tout par son envie d’être Calife à la place du Calife, et différents protagonistes dont le sexisme décomplexé est savoureusement mis en évidence.

En définitive, les courts de tennis sont l’allégorie parfaite de la vie : tu dois argumenter pour prouver (!) la légitimité naturelle des femmes en ce vaste monde. Ca par contre c’est long !

– « Dis, tu me le files ton 06 ?
– J’peux pas, j’ai tennis. »